Elliott cache E.T. sous des peluches, dans un placard, pour le protéger d’un monde d’adultes qui ne verrait en lui qu’une chose à disséquer ou à craindre. Personne ne lui a appris à faire ça. Il le fait parce que la créature devant lui a peur, et que sa peur suffit à elle seule à justifier qu’on s’en occupe.
Deux traditions, à des siècles et des continents de distance, racontent une version presque identique de ce réflexe.
Le veau qui se cache sous un manteau
On dit que Rabbi Yehouda Hanassi a beaucoup souffert dans sa vie. On dit aussi que Rabbi a souffert à cause d’un acte. Et la maladie est venue à cause d’un seul acte, et la maladie est partie à cause d’un seul acte.
Une fois il y avait un veau qui allait être amené à l’abattoir. De par son intelligence, le veau a compris qu’on allait l’égorger et il cacha sa tête sous le manteau de Rabbi en esperant être protégé par Rabbi. Et le veau pleurait. Rabbi lui dit “Va ! Tu as été crée pour être mangé par les hommes.”
Et pour ce qu’il a dit, Rabbi fut puni. Dans les cieux, ils décidèrent que s’il n’avait pas eu pitié pour le veau alors des souffrances seront mis sur Rabbi.
Un jour, alors que Rabbi était toujours malade, sa femme de ménage voit des petites souris se balader dans la maison. Elle courut pour les chasser de la maison.
Rabbi prit en pitié les souris et lui dit “Laisse-les, les pauvres.” Les souffrances de Rabbi s’arrêtèrent et la maladie disparut.
Histoire issue de la Guémara Baba Metsia (85)
2ème histoire :
Un chien sur le point de mourir de soif entre dans une ville de croyants. Le chien traverse toute la ville mais personne ne l’aide et partout où il va, il est chassé.
Une femme, décrite dans le récit comme une prostituée, le voit. Elle retire sa chaussure, y puise de l’eau, et la lui donne. Le texte rapporte que ce geste lui vaut le pardon de ses péchés.
Issue du livre des Hadiths, rapporté par Al Boukhari dans son Sahih n°3467
Ce que la pitié fait, concrètement, dans un cerveau
Ces deux récits ne racontent pas une règle morale abstraite — ils décrivent un mécanisme que les neurosciences de l’empathie ont fini par documenter avec précision. Quand quelqu’un observe la souffrance d’un être vivant, une partie des mêmes réseaux cérébraux s’activent que s’il la vivait lui-même — un recouvrement partiel, mesuré en imagerie, entre « voir souffrir » et « souffrir ». Ce n’est pas un hasard si le geste le plus recensé dans ces deux traditions face à un animal en détresse n’est jamais compliqué : donner à boire, laisser filer, ne pas ajouter à la peur déjà là.
Rabbi n’a pas été puni pour un péché grave. Il a été puni pour avoir vu la peur du veau, et avoir choisi de la nommer justifiée plutôt que d’y répondre. La femme du hadith n’a suivi aucune loi religieuse en particulier ce jour-là — elle a juste remarqué un chien qui allait mourir, et elle avait une chaussure.
Elliott, quant à lui, n’a jamais eu besoin qu’on lui explique pourquoi il fallait cacher E.T. sous les peluches.

