La réponse n'est ni dans le racisme, ni dans la tolérance. Elle est dans le protestantisme.
Vous l’avez peut-être entendu autour de vous : un ami juif respire mieux à Brooklyn qu’à Sarcelles, une collègue musulmane se sent plus libre à Londres qu’à Paris. La réponse n’est pas dans le racisme. Elle est dans une vieille querelle religieuse.
Les premiers colons américains étaient des puritains — des protestants radicaux qui récusaient toute hiérarchie entre le croyant et Dieu. Pas d’évêque, pas d’institution pour filtrer le sacré. Juste une foi personnelle, directe, qu’on assume et qu’on affiche. Cette logique est entrée dans le Premier Amendement : la liberté religieuse est la toute première liberté garantie par la Constitution américaine. Deux siècles plus tard, les politiques jurent sur la Bible, et depuis peu, sur le Coran. Afficher sa foi, là-bas, ce n’est pas provoquer. C’est participer à l’identité nationale.
En France, l’histoire s’est écrite à l’envers. Avant 1789, l’Église catholique ne se contentait pas de dire la messe : elle tenait l’état civil, l’école, les hôpitaux. La Révolution n’a pas voulu libérer la foi. Elle a voulu casser le pouvoir de cette institution.
Résultat : la laïcité française s’est construite pour neutraliser le religieux dans l’espace public, pas pour le protéger.
Alors quand un croyant prie dans le métro, il exerce un droit. Mais culturellement, il réveille un vieux réflexe : l’idée que la foi devrait rester privée.
Ce n’est pas de l’hostilité. C’est une architecture mentale qui a deux cents ans.

